JAZZMAG par Benoit Guerré


Festival Jazz à Junas
Barre Phillips (b), Patrice Soletti (elg)Au temple de Junas, la culture au sens large résonne plus que les prédications du pasteur, débordé par ses seize paroisses à couvrir. Pour faire vivre le lieu, l’association des amis du temple propose entre autres, un partenariat avec Jazz à Junas pour des concerts quotidiens et gratuits à 18 heures.
Pas de gardiens à l’entrée de ce temple, la musique expérimentale de Barre Phillips et de Patrice Soletti a empli les murs habituellement sobres du lieu de culte, aujourd’hui recouverts de photographies noir et blanc de batteurs de jazz dans toutes les positions, d’Art Blakey à Roy Haynes en passant par Daniel Humair.

Le lieu influe forcément sur le jeu, a fortiori dans ces musiques d’improvisation intégrale. Les fidèles ont sagement suivi puis applaudi et même rappelé le duo contrebasse/guitare. Duo issu de l’EMIR (Ensemble de Musiciens Improvisateurs en Résidence) initié en 2006 par Barre Phillips dans le village du Var où il réside. L’EMIR est composé de neuf musicien-nes qui se combinent de manière aléatoire (tirage au sort), guidés par Barre Phillips (76 ans), l’aîné « bienveillant, qui n’est jamais avare de conseils et encouragements » nous dit Patrice Soletti, son compère du jour.

Le guitariste montpelliérain travaille littéralement le son, en jouant sur les textures ou sur l’épaisseur variable d’une matière qui n’est jamais uniforme. Utilisant divers ustensiles (boîte à musique, radio portable, baguettes, archet, etc.), Patrice Soletti nous fait entrer dans son espace, sans démonstration ni énumération. Rythmes habituels et harmonies européennes sont forcément à la marge, avec la présence réjouissante du contrebassiste américain, mais on perçoit l’intégration, consciente ou non, des musiques contemporaines d’horizons multiples.

Le public, varié lui aussi, rappelle le duo, Barre Phillips feignant d’être trop vieux pour ce type d’exercice, auquel il se pliera cependant volontiers, dans la continuité d’un concert introspectif. Le contrebassiste se régale visiblement, lui qui poursuit les créations malgré son âge et ses collaborations multiples (Dave Holland, Eric Dolphy, Ornette Coleman, Lee Konitz, etc.). Son jeu est posé, mûr, il sait où il va et entoure la guitare d’une aura certes protectrice mais qui tend aussi des pièges par ses variations et ses détours.

L’ensemble se tient, plusieurs lectures sont possibles à l’écoute des morceaux qui, d’une oreille paraissent linéaires et narratifs, de l’autre plusdéconstruits. Instables même.

Benoît Guerrée



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