JOURNAL SOUS OFFICIEL

19 heures En Chair et en os place de l’Abbaye. Julien Blaine accompagné de Patrice Soletti à la guitare électrique qu’il manipule comme une autre source de sons qu’une guitare. Très beau, très concentré, il frotte les cordes, les tape, les fait vibrer jusqu’à l’agonie. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience du phénomène Julien Blaine. Jusque là, je peux dire que je ne l’avais jamais vraiment entendu, je ne l’ai jamais entendu. Je veux dire lui. Ce qu’il y a au fond de lui. Le texte Je crie j’écris, que j’ai déjà entendu, je ne l’ai jamais entendu. Tous les deux / les sons / la voix / le texte/ le presque imperceptible et puis violent balancement du corps de Julien d’avant en arrière / sont à fond dans le trash-punk, dans le délire, dans la symbiose, dans l’énergie, dans la perfection, dans l’art, en état de grâce. C’est un pur moment d’émotion, de bonheur, et je suis proche de faire une crise syncopale genre syndrome de Stendhal. Franchement, je n’ai ressenti ça que très peu de fois. Quand j’ai vu la peau de Marylin Monroe en couleur dans Niagara (restée muette), lors d’un concert d’eurythmics à cause de la voix d’Annie Lennox (me suis évanouie), en visitant toute seule la Sainte Chapelle (ai parlé aux vitraux), en tombant sur un banc devant Judith II de klimt à la galerie d’art moderne de Venise (ai pleuré à gros sanglots sous l’oeil inquiet d’une gardienne). Bon! Là durant la performance, je me tiens tranquille, fais pas de crise d’hystérie. Juste les pupilles qui se dilatent.

Nadine Agostini - extrait de « Un journal de Lodève (extrait de mon journal intime mais parfois officiel) » paru dans le « Journal sous officiel » (été 2007)



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